Campagnes électorales des villes, campagnes électorales des champs

 « Le processus de professionnalisation des campagnes électorales dans les grandes villes, caractérisé par le recours croissant, mais non systématique, à des entreprises privées de communication (agences de marketing politique, instituts de sondages, etc.) , s’opposerait alors à la permanence de l’« amateurisme » rural. Or, depuis plusieurs décennies, les territoires ruraux connaissent de profondes restructurations sociales et politiques qui invitent à réinterroger la spécificité des pratiques de mobilisation à l’œuvre en leur sein. » 

Des maires en campagne(s), Transformations des répertoires de mobilisation électorale et des registres de légitimité politique dans les mondes ruraux,

Sébastien Vignon, Volume 29 – n° 113/2016, p. 17-42, POLITIX

L’excellent article de Sébastien Vignon présentant les résultats de son enquête menée en Picardie à partir de l’élection municipale de 2014 en territoire rural est riche de nombreux enseignements.

Dans les échanges avec les maires sortants et candidats aux élections dans les territoires ruraux pour la campagne des #municipales2020, nous constatons effectivement une très nette inflexion des approches traditionnelles de la gestion des campagnes électorales en raison des facteurs de recompositions sociales et démographiques soulignées par ce chercheur en Science politique à l’Université Jules Verne d’Amiens :

  • Déclin des catégories socioprofessionnelles liées au monde rural, agriculteurs-exploitants, artisans et commerçants au profit des cadres et professions intellectuelles supérieures et professions intermédiaires.
  • Montée de l’abstention des électeurs néo-ruraux moins enclins à la participation électorale en raison d’une moindre implication dans la commune de résidence liée à une distance plus importante entre lieu de résidence et lieu d’activité par exemple ou d’un contrôle social traditionnel qui exerce une moindre prégnance sur les comportements.

Comme le souligne ce chercheur, « une dépréciation tendancielle des formes ” personnalisées” de conquête des suffrages contraint les prétendants à la mairie à (re) construire une transaction électorale sur de nouvelles bases ». Les candidats doivent construire une nouvelle offre électorale qui combine à la fois la proximité avec les électeurs, la capacité à montrer leurs capacités managériales et en évacuant un lien partisan trop marqué.

85% des maires interrogés annoncent avoir eu recours à différentes techniques de mobilisations électorales.

De façon plus étonnante encore dans les échanges avec les maires-sortants ou les candidats dans ces communes “rurale”, nous constatons effectivement la montée en puissance des techniques empruntées aux zones urbaines: porte-à-porte, recherches des leaders d’opinions, réunions “tupperware”, communiqués de presse, réunions publiques, réseaux de soutien et même l’utilisation de techniques numériques avancées. Ces stratégies électorales sont d’autant plus importantes que la concurrence politique est forte. Certains outsiders politiques ont même recours à des communicants et stratèges électoraux ce qui n’est pas sans poser le problème du financement des campagnes sur des communes où les dépenses ne sont le plus souvent pas remboursées (seuil de 9 000 habitants en population légale).

Comment faire le lien avec les nouveaux électeurs en territoire rural et périurbain ?

C’est à une véritable “situation d’inadaptation” à laquelle la génération traditionnelle des maires ruraux est confrontée. Il n’est plus possible de compter sur les ressorts traditionnels de la vie politique rurale et s’impose la nécessité de construire une communication politique qui croise la proximité avec les électeurs et la capacité à gérer le commun en combinant les intérêts locaux avec les réseaux supra-communaux. Les candidats aux #municipales2020 sur ces territoires ruraux et périurbains doivent donc adapter leur offre politique de manière segmentée et avoir recours à des outils qui amélioreront leur rendement électoral.